Le site internet du New York Times a publié une galerie photo sur la société portugaise d'aujourd'hui. Le titre du reportage : "Le Portugal adopte un autre budget austère".
Il y a quelques jours, ce sont les Inrocks qui ont publié un reportage intitulé : "Portugal : la valise ou la misère". Ils ont été plus de 150 000 Portugais à émigrer en 2011.
Aujourd'hui, c'est le quotidien Publico qui titre : "Plus de la moitié de la population active est précaire ou au chômage".
Le 14 novembre dernier à Lisbonne, avant que la Police ne charge brutalement la foule et les passants, et n'arrête plus d'une centaine de personnes qu'elle traitera de manière à ce que l'on n'oublie pas que le gouvernement actuel est bien ce qu'il paraît être : un mélange d'incompétence, d'hypocrisie à peine masquée, de corruption et d'intégrisme troikien qui n'en a rien à faire des Portugais.
L'année prochaine, grâce aux réformes faites pour leur bien, les Portugais devront travailler 23 jours de plus pour le même salaire. Et ceux qui n'auront pas de travail verront leur indemnité de chômage tronçonnée. Pour cette année belle année 2012 qui se profile, il était donc temps de (enfin) publier ici la Ballade du vent qui passe [Trova do vento que passa] de Manuel Alegre, chantée entre autres par Adriano Correia de Oliveira :
"Mesmo na noite mais triste em tempo de servidão há sempre alguém que resiste há sempre alguém que diz não." "Même dans la nuit la plus triste en temps de servitude il y a toujours quelqu'un qui résiste il y a toujours quelqu'un qui dit non."
A partir de vendredi 4 novembre 2011, 17h, nous occuperons le quartier d’affaire de La Défense.
Par leur traitement des différents mouvements de contestation qui ont lieu partout dans le monde, les médias nous indignent de plus en plus ! Comment peuvent-ils traîter des sujets aussi graves et indignants en une petite colonne ou dans un sujet télévisé d’à peine une minute ? Les questions de la création monétaire, du rôle de la BCE (et de la récente nomination de son nouveau président), de la crise actuelle de la zone euro et de la finance mondiale, de l’illégitimité du G20 et de la précarisation des citoyens (entres autres) sont expédiées et traitées avec fatalité. Il ne passe pas une journée sans qu’une nouvelle information nous indigne toujours plus. Pour passer pas mal de temps sur le terrain, dans la rue, la population est dans sa très grande majorité tout aussi indignée que nous. Nous ne sommes pas des utopistes marginaux. De grands noms de l’économie, de la sociologie et des médias (encore trop peu nombreux) soutiennent notre cause et saluent nos actions. Nous posons alors la question suivante: Pourquoi, les journalistes (dont les emplois sont de plus en plus précarisés et la liberté de ton de plus en plus menacée) ne nous soutiennent pas plus ouvertement ? Nous avons besoin d’eux et de vous, amis blogueurs, pour ouvrir les yeux à la majorité de la population et pour leur montrer que, contrairement à ce qui se dit dans les journaux télévisés, la révolte est bien là, que d’autres solutions sont possibles et proposées. Nous en avons assez du traitement de nos actions dans les médias. Toujours minimisées, trop peu expliquées et souvent ridiculisées. Nous en appelons donc aujourd’hui à chacun d’entre vous: que votre blog soit visité par 5, 10, 100 ou 10 000 personnes par jour à relayer notre appel, à diffuser les informations sur l’occupation de la Défense et sur les aberrations du monde dans lequel on vit et que nous voulons changer. Nous sommes les 99%, nous sommes indignés, nous sommes de plus en plus révoltés, nous ne les laisserons pas nous décourager !
...l'une des plus grandes manifestations de ces dernières années organisée par la "geração à rasca" [génération fauchée]...
...qui a rassemblé près de 500 000 manifestants dans tout le Portugal...
...avec une chanson en bandoulière : Parva que sou [Quelle conne je suis], du groupe Deolinda :
Je suis de la génération sans rémunération Et elle ne me dérange pas, cette condition Quelle conne je suis !
Parce que ça va mal et ça va continuer C'est déjà une chance de trouver un stage Quelle conne je suis !
Et je me mets à penser Quel monde si con Où, pour être esclave, il faut étudier
Je suis de la génération “chez papa-maman” Si j’ai déjà tout, pourquoi vouloir plus ? Quelle conne je suis !
Enfants, mari, je repousse sans cesse
Et j’ai encore la voiture à payer Quelle conne je suis !
Et je me mets à penser Quel monde si con Où, pour être esclave, il faut étudier
Je suis de la génération “pourquoi me plaindre” Il y a bien pire que moi à la télé Quelle conne je suis !
Je suis de la génération “moi je n’en peux plus !” Cette situation dure depuis trop longtemps, Et conne, je ne le suis pas !
Et je me met à penser Quel monde si con Où, pour être esclave, il faut étudier...
Quel monde si con, Où pour être esclave, il faut étudier...
Témoignage :
"Les 12 et 13 mars, Bruno et moi on était à Lisbonne pour la manifestation contre la précarité de la « Geracao rasca », qui s’est avérée être, de façon totalement imprévue et improvisée, la plus grosse manif qu’ait connu le Portugal depuis la révolution des œillets de 1974. C’était incroyable, saisissant, ahurissant, motivant, bref un truc de malade. D’autant plus qu’on était vraiment au cœur de l’aventure, étant donné qu’on était logé chez les jeunes précaires qui ont déclenché la mobilisation. Il y en aurait des pages à écrire, je voulais au départ vous faire un compte-rendu rapide, mais il y a pas mal de choses à dire donc je n’ai qu’à moitié réussi…
Donc au départ, 4 jeunes diplômés précaires sont à l’origine de ce mouvement. Il y a un mois, en pleine galère de recherche de boulot, dégoutés de n’avoir que le choix entre chômage et sous-contrat de travail, ils rédigent le « manifeste de la Geracao a Rasca » et lancent un appel sur Facebook pour une manifestation le 12 mars.
« Geracao a rasca », c’est le terme qu’on trouvé Paula et ses potes pour parler de la génération précaire. Il y a plusieurs façons de traduire : génération à l’arrache, aux abois, dans la mouise, fauchée, etc. Une façon de désigner tous ces jeunes et moins jeunes, diplômés ou non, pour qui le contrat de travail de base avec la sécurité sociale qui lui est associée est devenu quelque chose de complètement inaccessible. La majorité des jeunes portugais gagnent en moyenne 500 euros et sont payés via des « reçus verts ». A l’origine créés pour permettre un complément de revenu et pour payer les travailleurs indépendants, les reçus verts sont un moyen de paiement du travail à la tâche qui ne donnent pas droit à la protection sociale (chômage, retraite, maladie, etc.). Et aujourd’hui, les entreprises et les services publics embauchent la plupart des gens avec des reçus verts plutôt qu’avec un contrat de travail salarié. Du coup, c’est toute une génération qui se retrouve précarisée, sans protection sociale. Et ce phénomène concerne de plus en plus souvent leurs parents et leurs grands-parents. Les entreprises qui embauchaient en cdd ou en interim préfèrent désormais avoir recours aux reçus verts (ça coûte moins cher), et les retraités ont recours aux boulots en « reçus verts » pour compléter leurs revenus. Ainsi, j’y reviendrai, il est clair que le mouvement de la génération précaire portugaise va bien au-delà du combat d’une classe d’âge et qu’il y a une forte solidarité intergénérationnelle dans cette lutte : comme ici en France, on précarise d’abord les jeunes pour tirer vers le bas l’ensemble de la population."
Texte original : ICI 1er Manifeste de la Place du Rossio
(Lisbonne, 22 mai 2011)
Les manifestants, réunis sur la Place du Rossio, conscients que ceci est une action en mouvement et de résistance, déclarent :
Nous, citoyens et citoyennes, femmes et hommes, travailleurs, travailleuses, immigrés, étudiants, personnes sans emploi, à la retraite, unis par l'indignation face à la situation politique et sociale suffocante que nous nous refusons à accepter comme inévitable, nous occupons nos rues.
Nous rejoignons ainsi ceux qui, de par le monde, luttent aujourd'hui pour leurs droits face à l'oppression constante du système économique et financier en vigueur.
De Reykjavik au Caire, du Wisconsin à Madrid, une vague populaire balaie le monde. Sur elle, pèsent le silence et la désinformation de la communication sociale, communication sociale qui ne questionne pas les injustices permanentes dans tous les pays, mais proclame seulement le caractère inévitable de l'austérité, de la fin des droits, de l'enterrement de la démocratie.
La démocratie réelle n'existera pas tant que le monde sera géré par une dictature financière. Le sauvetage signé dans notre dos avec le FMI et l'UE a séquestré la démocratie ainsi que nos vies. Dans les pays où il intervient, le FMI entraîne de brutales chutes de l'espérance de vie.
Le FMI tue ! On ne peut que le rejeter. Nous refusons que l'on nous coupe les salaires, les pensions et les aides, alors que les coupables de cette crise sont ménagés et recapitalisés.
Pourquoi devons-nous choisir de vivre entre le chômage et la précarité ? Pourquoi veut-on nous enlever les services publics, nous volant ainsi, à travers les privatisations, ce que nous avons payé toute notre vie ?
Nous disons non.
Nous refusons le plan de la troïka (UE, BCE, FMI).
Suivant l'exemple de l'Islande, nous n'accepterons pas d'hypothéquer le présent et le futur à cause d'une dette qui n'est pas la nôtre. Nous refusons que l'on nous vole les horizons de notre futur.
Nous prétendons assumer le contrôle de nos vies et intervenir effectivement dans tous les processus de la vie politique, sociale et économique.
Nous le faisons aujourd'hui, dans les assemblées populaires réunies.
Nous appelons à ce que les gens se réunissent, dans les rues, les places, à chaque coin de rue, à l'ombre de chaque statue, pour que, unies et unis, nous puissions changer une bonne fois pour toutes les règles viciées de ce jeu.
Le 20 juillet dernier, les Précaires inflexibles portugais ont lancé une campagne contre les mesures d'austérité du gouvernement "socialiste" (PS) soutenu par les sociaux-démocrates (PSD) :
Les précaires ont symboliquement disposé des figures tenues par un fil, un fil étiré au maximum sur lequel on ne peut plus tirer au risque de le rompre.
En mars, le Portugal avait mis en place un Pacte de stabilité et de croissance (PEC) destiné à détruire et privatiser les services publics, entre autres. En juillet, ça recommence, avec le PEC2, avec cette fois l'augmentation des impôts. Tout cela, comme ailleurs en Europe, étant justifié par un "on n'a pas le choix, c'est la crise".
Plus de difficultés et de précarité pour la majorité de la population, et une concentration des bénéfices pour une petite minorité. Le Portugal et l'Europe qu'on nous prépare font rêver n'est-ce pas ? Chacun sa gueule, et la majorité toujours plus dans la merde !
"On n’a peut-être pas vu de film aussi inventif que Canção de amor e saúde, du Portugais João Nicolau. Proche de Miguel Gomes, Nicolau possède déjà la truculence d’un Monteiro plein de férocité ou d’un Moullet tartiné au désespoir. Canção est son deuxième court métrage. Cela fait donc deux fois qu’il nous fait le coup : on est face à son cinéma comme des gosses, on hallucine, on se dit qu’il est très très fort, mais on n’a toujours pas compris comment il fait." (Libération)
"Et s’il pourrait pourtant s’en tenir à la brillance fauve d’une écriture à la sentimentalité détachée souvent bouleversante, Chanson d’amour et de bonne santé expérimente, essaie beaucoup, et à mesure qu’y prolifère la tentative du coup d’éclat tranquille, le film de Nicolau embrasse avec superbe dans sa constance le risque d’éblouir à chaque fois." (Les Inrocks)
Ci-dessous une longue interview avec João Nicolau lors de la présentation de son premier court-métrage, Rapace, à Cannes en 2006 :
Synopsis de Rapace :
Après avoir obtenu son diplôme de maîtrise, Hugo se repose la tête d’avoir lu sans relâche des textes d’auteurs inconnus. Sa seule compagnie est Luisa, la femme de ménage, avec qui il joue au chat et à la souris. Pour éviter de se ramollir, Hugo exerce sa veine lyrique en écrivant avec son ami Manuel des chansons sur leur voisinage. Leur dilettantisme tranquille est perturbé par Catarina, une jeune et belle traductrice qui se lance dans la vie professionnelle en free-lance. Hugo est mordu et tremblant. Haut dans le ciel, un faucon crécerelle plane. Ce n’est pas le seul rapace à savoir le faire.
Quant à Miguel Gomes, son dernier film, apparemment superbe, Ce cher mois d'août, sort en juin en salles à Paris.
"Le rire n’est pas le seul propre de l’homme. Ce qui caractérise aussi l’humain, c’est le besoin archaïque, moderne, éternel qu’on lui parle de sa sexualité. De toutes ses sexualités. C’est pourquoi des histoires de cul peuvent retenir des salles entières et le cinéma dit pornographique suspendre les audiences dans le propre mystère de leur condition. Depuis qu’il s’est lancé dans le cinéma, c’est tout le programme de João Pedro Rodrigues qui, après O Fantasma et Odete, nous livre avec Mourir comme un homme le chant élégiaque d’une tradition qu’on pouvait craindre perdue : la beauté, la grandeur, la noblesse du travelo." (Libération)
Trois nuits d'émeutes du 7 au 10 mai derniers dans le quartier de Bela Vista à Setúbal. De nombreuses personnes arrêtées. Le quartier bouclé par la police. Pourquoi ? La cause immédiate : Antonino Santos, un jeune de 20 ans tué par balle dans la nuque lors d'une course-poursuite avec la police après le cambriolage d'une banque. La cause plus générale : les habitants protestent contre les violences policières. La cause profonde : ghettos sociaux, majorité d'immigrés qui subissent, en plus de la misère, les discriminations de toutes sortes de la part du reste de la société.
La solution ??? Sûrement pas le tout-sécuritaire à la mode en France également. Des quartiers occupés, des flics dans les écoles, les soldats qui patrouillent dans les gares... Toujours la même question : à qui profite ce climat de terreur et de peur ?
Le 25 avril dernier, cela faisait 35 ans... Le 25 avril 1974 a ouvert des portes, comme l'a si bien dit Ary dos Santos. Après, ce qu'en ont fait les Portugais, de ces portes ouvertes, c'est une autre histoire...
Voir ICI les photos de Michel Puech en écoutant LA chanson du 25 avril. Lire ICI un reportage du même auteur.
Photo de Alfredo Cunha représentant le capitaine Maia.
Vous avez vu Capitaines d'avril de Maria Medeiros ? Non ? Le capitaine Maia est l'un des héros du film, regardez ici :
Et, à lire absolument : Salazarisme et Fascisme, de l'historien Yves Léonard, aux éditions Chandeigne (édition révisée en mai 2003), pour comprendre ce qu'était la dictature de Salazar.
Quelle conne je suis !
Et je me mets à penser
Quel monde si con
Où, pour être esclave, il faut étudier
Je suis de la génération “pourquoi me plaindre”
Il y a bien pire que moi à la télé
Quelle conne je suis !
Je suis de la génération “moi je n’en peux plus !”
Cette situation dure depuis trop longtemps,
Et conne, je ne le suis pas !
Et je me met à penser
Quel monde si con
Où, pour être esclave, il faut étudier...