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dimanche 10 mai 2009

Extrait du jour #5 | Luis de Camões | Amour est feu qui brûle

Amour est feu qui brûle et que l’on ne voit pas ;
C’est blessure cuisante et que l’on ne sent pas ;
Ravissement qui ne sait pas ravir ;
Folle douleur qui ne fait pas souffrir ;

C’est ne plus désirer qu’un seul désir ;
C’est marcher solitaire dans la foule ;
Jamais n’avoir plaisir à un plaisir ;
Penser qu’on gagne alors que l’on se perd ;

C’est librement vouloir être captif ;
C’est, quand on est vainqueur, servir qui est vaincu ;
Rester loyal alors que l’on nous tue.

Mais comment ses faveurs font-elles naître
Une amitié entre les cœurs humains,
Si Amour à ce point est contraire à lui-même ?

(Traduit par Anne-Marie Quint et Maryvonne Boudoy
Editions Changeigne, 1998 – Collection Lusitane)



Luis de Camões

En portugais :

Amor é fogo que arde sem se ver;
É ferida que dói e não se sente;
É um contentamento descontente;
É dor que desatina sem doer;

É um não querer mais que bem querer;
É solitário andar por entre a gente;
É nunca contentar-se de contente;
É cuidar que se ganha em se perder;

É querer estar preso por vontade;
É servir a quem vence, o vencedor;
É ter com quem nos mata lealdade.

Mas como causar pode seu favor
Nos corações humanos amizade,
se tão contrário a si é o mesmo Amor?

dimanche 19 avril 2009

Extrait du jour #5 | Pedro Martins | Mains tenant...

Agora

Agora que chegaste

Aux rives inconscientes

Que sempre quiseste

Eviter, brises naissantes,

A epifânia de meu amar

Est le frisson d'une caresse,

Castanhos olhos de meu lar

Que l'on retrouve sans adresse.

Agora meu triste cantar

Sur la pleine place en détresse

Grita na distância tua ausência...

Outrora esperei tua mão,

Aurores des chemins, blanche et douce...

Outrora fitei tua boca em vão,

Aurore qui débouche...

Te repousse...


Poème tiré de Cri&Tics

mardi 31 mars 2009

Extrait du jour #4 | João Botelho | Tráfico



Une comédie au second degré, limite trop ?, mais João Botelho est très fort, c'est rythmé, les personnages et l'image soignée accrochent le regard et le sourire. Bienvenue dans le monde décalé de João Botelho, réalisateur portugais à suivre donc.

La bande-annonce du film :

mardi 17 février 2009

Extrait du jour #3 | Guerra Junqueiro | Patrie



C'était à la fin du 19è siècle, Guerra Junqueiro (1850-1923), haut-fonctionnaire, député, journaliste et poète le plus populaire de son temps, fut un des grands pourfendeurs de la monarchie et milita pour l'implantation de la République.

En 1896, il dressait, déjà..., un tableau peu glorieux de la société portugaise :

"Un peuple abruti et résigné, humble et morose, fataliste et somnambule, bête de charge, supportant coups de bâton, sacs de honte, brassées de misères, sans aucune rébellion ou grognement, ni même l'énergie d'une ruade, car déjà incapable de secouer les mouches avec les oreilles.

Un peuple en catalepsie ambulante, ne se rappelant ni d'où il vient, ni où il est, ni vers où il va ; un peuple, enfin, que j'adore, parce qu'il souffre et est bon, et garde encore dans la nuit de son inconscience comme une étincelle mystérieuse de l'âme nationale, reflet d'un astre au silence sombre de lac mort.

Une bourgeoisie, civiquement et politiquement corrompue jusqu'à la moelle, ne sachant plus différencier le bien du mal, sans mots, sans honte, sans caractère (...).

Deux partis sans idées, sans plans, sans convictions, incapables, vivant tous deux du même utilitarisme sceptique et perverti, analogues dans leur discours, identiques dans leurs actes, égaux l'un et l'autre comme deux moitiés du même zéro (...).
"

Guerra Junqueiro, "Pátria", 1896.

Traduit librement par Jorge

samedi 27 décembre 2008

Extrait du jour #2 | Gregório de Matos | Poèmes érotico-ironiques |

Gregório de Matos (Bahia, 1636 – Bahia, 1696) est considéré comme le principal poète baroque brésilien (bien que né espagnol et mort portugais).
Il est célèbre pour ses satires contre la société coloniale, qui lui valurent le surnom de « Boca do inferno » [Bouche de l’enfer].
Son éditeur français nous dit : "c'est un moderne, au meilleur sens du terme : ouvert, polémique, incontrôlable, libre. ça fait du bien."
Soit !
Faisons-nous du bien !



Définition de l’amour
[extrait final]

Peste soit de l’amour !
c’est ça l’amour ? Une chimère,
qui fait un homme prudent
se convertir aussitôt en bête.

Un garde-chiourme, un mensonge
je l’appellerai, plus simplement,
un feu sauvage dans les bourses,
et une gale de monnaies.

Une trace du repos,
de cœur irrité,
rougeole de liberté,
mites, gale et lèpre.

C’est ce qui suce, et pompe
la vie, la santé et les biens,
et puisqu’il faut parler vrai,
c’est ça l’amour aujourd’hui.

Ce n’est qu’ivrognerie,
ce n’est qu’une saoûlerie,
qui finit par une coucherie,
et par une coucherie commence.

Finalement c’est ça l’Amour
un embarras de jambes,
une union de ventres,
un bref tremblement d’artères.

Une confusion de bouches,
une bataille de veines,
un mouvement de hanches,
qui dit le contraire est un sot.


Dix-huit poèmes érotico-ironiques attribués à Gregório de Matos / dezoito poema erótico-irónicos atribúdos a Gregório de Matos
Edition bilingue portugais/français - Ed. Paranoïa Mondiale, 1999


Pour plus de détails sur l'auteur, lire : Grégorio de Matos édité par Paranoïa Mondiale

jeudi 25 décembre 2008

Extrait du jour #1 | Pedro Martins | Morue |

Morue

Plats multiples brandis en bravade Vendue en boîte au kilo ou pas heureuse action Dans les rues à Lisbonne la mort se rue de Bonn à Tokyo et qu’elle y reste à jamais Accompagnée de son immense arête-faucheuse de glotte rimée, ou de grotte limée par l’aspérité de trois cent soixante-cinq quotidiennes morues Les mots cavalent sur l’étendue de la plage : Bacalhau barato, barata feira ! Les maux dévalent sur mes deux mains tendues au large avenir sans chlore ni folle passion Cabillaud passé sur le billard en filets chaloupés Grossis à la loupe je m’enfuis émincé par le sel au goût du tout à l’égout.


Poème de l'ami Pedro Martins publié sur Cri&Tics

mardi 9 décembre 2008

Extrait du jour #0 | Pedro Costa | Ossos

Film de 1997 vu hier en Dvd, depuis le temps qu'il était sur ma liste d'attente...

Tina vient d'accoucher. Elle essaye de se suicider avec son bébé chez elle dans la "favela" de Cap-verdiens de Fontainhas, à Lisbonne. Le père rentre, part avec le bébé pour essayer de le vendre. Clotilde, voisine et amie de Tina, essaye d'aider cette dernière à (sur)vivre. ça ne marche pas vraiment : plusieurs fois elle tente de se suicider, encore, mais elle n'y arrive pas. Son corps résiste.
Et il y a l'infirmière, Eduarda, qui fume comme un pompier, qui aide le père, le bébé, la mère, et elle ?... Les corps des personnages de ce film résistent. Fantômes, morts-vivants, robots, androgynes, (presque) muets, translucides, marqués, tristes, à la marge, invisibles, ils parlent avec leur démarche, leurs postures, leurs regards. Deux sourires seulement, à la fin.
De nombreux "portraits" des personnages : caméra fixe, ils nous regardent.

Impossible d'échapper à leurs regards et donc au nôtre, impossible d'échapper à la gifle qui nous est destinée : "qu'est-ce qu'il veut dire le réalisateur ? elle, c'est un homme ou une femme ? putain c'est beau ! c'est sombre mais ça brille ! on dirait un documentaire, mais on sait pas grand chose finalement ! y'a pas d'histoire vraiment dans ce film, mais on est quand même attachés aux personnages ! ils sont pas comme moi ces gens, ils réagissent pas pareil ! qu'est-ce qu'ils cherchent finalement ? etc. etc."

etc.



Et tout ça c'est au Portugal que ça se passe.

Quelques mots de Pedro Costa, le réalisateur :

"Je n'arrête pas de penser à cette idée, qui me parait juste en ce qui concerne les films : soit c'est de la poésie soit c'est de la politique. Et moi je veux la politique car on ne peut qu'être politique. Et ce qui importe est de ne surtout pas être dans l'urgence. Il faut supprimer cette notion d'urgence collée au politique car c'est le contraire de l'amour. C'est là que ça commence. La politique, c'est l'amour. L'amour c'est un rapport aux choses qui doit forcément être différent et si je filme un arbre ou un mur simplement, si je l'aime, ce mur, je ferai en sorte de bien le filmer et de bien le cadrer. Où alors je suis dans la publicité des sentiments et je ne veux pas ça. Je ne vais pas souvent au cinéma à cause de cela. Je me dis que ce n'était pas comme ça avant au cinéma. Je dois être un peu réactionnaire, je ne me sens pas dans le présent, la société a changé, tout est différent. Quand j'étais jeune, je voulais faire des films et changer les choses car le cinéma est un art important. Et les films que j'ai vu me disaient cela. C'était très fort, en sortant de la salle de cinéma, je pouvais courir pendant quatre heures. Un film d'aujourd'hui ne me fait plus cet effet. Je me souviens très bien d'avoir vu Pierrot le fou et de vouloir le vivre avec les copains dans notre vie, le film continuait dans la rue."

Lire toute l'interview : Autour du cinéma de Pedro Costa