Le site internet du New York Times a publié une galerie photo sur la société portugaise d'aujourd'hui. Le titre du reportage : "Le Portugal adopte un autre budget austère".
Il y a quelques jours, ce sont les Inrocks qui ont publié un reportage intitulé : "Portugal : la valise ou la misère". Ils ont été plus de 150 000 Portugais à émigrer en 2011.
Aujourd'hui, c'est le quotidien Publico qui titre : "Plus de la moitié de la population active est précaire ou au chômage".
Le 14 novembre dernier à Lisbonne, avant que la Police ne charge brutalement la foule et les passants, et n'arrête plus d'une centaine de personnes qu'elle traitera de manière à ce que l'on n'oublie pas que le gouvernement actuel est bien ce qu'il paraît être : un mélange d'incompétence, d'hypocrisie à peine masquée, de corruption et d'intégrisme troikien qui n'en a rien à faire des Portugais.
Chanson emblématique des Chiliens dans leur lutte, "El pueblo unido jamas sera vencido" est chantée ici par Luís Cília accompagné par les Quilapayun, auteurs de la chanson alors exilés en France (1974).
C'était l'une des chansons emblématiques de la Révolution des oeillets.
Question : ce fameux peuple, c'est quand qu'il s'unit ?
L'année prochaine, grâce aux réformes faites pour leur bien, les Portugais devront travailler 23 jours de plus pour le même salaire. Et ceux qui n'auront pas de travail verront leur indemnité de chômage tronçonnée. Pour cette année belle année 2012 qui se profile, il était donc temps de (enfin) publier ici la Ballade du vent qui passe [Trova do vento que passa] de Manuel Alegre, chantée entre autres par Adriano Correia de Oliveira :
"Mesmo na noite mais triste em tempo de servidão há sempre alguém que resiste há sempre alguém que diz não." "Même dans la nuit la plus triste en temps de servitude il y a toujours quelqu'un qui résiste il y a toujours quelqu'un qui dit non."
...l'une des plus grandes manifestations de ces dernières années organisée par la "geração à rasca" [génération fauchée]...
...qui a rassemblé près de 500 000 manifestants dans tout le Portugal...
...avec une chanson en bandoulière : Parva que sou [Quelle conne je suis], du groupe Deolinda :
Je suis de la génération sans rémunération Et elle ne me dérange pas, cette condition Quelle conne je suis !
Parce que ça va mal et ça va continuer C'est déjà une chance de trouver un stage Quelle conne je suis !
Et je me mets à penser Quel monde si con Où, pour être esclave, il faut étudier
Je suis de la génération “chez papa-maman” Si j’ai déjà tout, pourquoi vouloir plus ? Quelle conne je suis !
Enfants, mari, je repousse sans cesse
Et j’ai encore la voiture à payer Quelle conne je suis !
Et je me mets à penser Quel monde si con Où, pour être esclave, il faut étudier
Je suis de la génération “pourquoi me plaindre” Il y a bien pire que moi à la télé Quelle conne je suis !
Je suis de la génération “moi je n’en peux plus !” Cette situation dure depuis trop longtemps, Et conne, je ne le suis pas !
Et je me met à penser Quel monde si con Où, pour être esclave, il faut étudier...
Quel monde si con, Où pour être esclave, il faut étudier...
Témoignage :
"Les 12 et 13 mars, Bruno et moi on était à Lisbonne pour la manifestation contre la précarité de la « Geracao rasca », qui s’est avérée être, de façon totalement imprévue et improvisée, la plus grosse manif qu’ait connu le Portugal depuis la révolution des œillets de 1974. C’était incroyable, saisissant, ahurissant, motivant, bref un truc de malade. D’autant plus qu’on était vraiment au cœur de l’aventure, étant donné qu’on était logé chez les jeunes précaires qui ont déclenché la mobilisation. Il y en aurait des pages à écrire, je voulais au départ vous faire un compte-rendu rapide, mais il y a pas mal de choses à dire donc je n’ai qu’à moitié réussi…
Donc au départ, 4 jeunes diplômés précaires sont à l’origine de ce mouvement. Il y a un mois, en pleine galère de recherche de boulot, dégoutés de n’avoir que le choix entre chômage et sous-contrat de travail, ils rédigent le « manifeste de la Geracao a Rasca » et lancent un appel sur Facebook pour une manifestation le 12 mars.
« Geracao a rasca », c’est le terme qu’on trouvé Paula et ses potes pour parler de la génération précaire. Il y a plusieurs façons de traduire : génération à l’arrache, aux abois, dans la mouise, fauchée, etc. Une façon de désigner tous ces jeunes et moins jeunes, diplômés ou non, pour qui le contrat de travail de base avec la sécurité sociale qui lui est associée est devenu quelque chose de complètement inaccessible. La majorité des jeunes portugais gagnent en moyenne 500 euros et sont payés via des « reçus verts ». A l’origine créés pour permettre un complément de revenu et pour payer les travailleurs indépendants, les reçus verts sont un moyen de paiement du travail à la tâche qui ne donnent pas droit à la protection sociale (chômage, retraite, maladie, etc.). Et aujourd’hui, les entreprises et les services publics embauchent la plupart des gens avec des reçus verts plutôt qu’avec un contrat de travail salarié. Du coup, c’est toute une génération qui se retrouve précarisée, sans protection sociale. Et ce phénomène concerne de plus en plus souvent leurs parents et leurs grands-parents. Les entreprises qui embauchaient en cdd ou en interim préfèrent désormais avoir recours aux reçus verts (ça coûte moins cher), et les retraités ont recours aux boulots en « reçus verts » pour compléter leurs revenus. Ainsi, j’y reviendrai, il est clair que le mouvement de la génération précaire portugaise va bien au-delà du combat d’une classe d’âge et qu’il y a une forte solidarité intergénérationnelle dans cette lutte : comme ici en France, on précarise d’abord les jeunes pour tirer vers le bas l’ensemble de la population."
Ils passaient à Paris le 27 février... Buraka Som Sistema incarnent le « nouveau son » de Lisbonne. Nés de la rencontre entre les Portugais Lil’Jon et Riot et le producteur angolais Conductor. S’y ajoutent les voix des MCs Petty et Kalaf.
Leurs influences musicales sont diverses mais sont surtout tournées vers le Kuduro, une dance music apparue dans les années 90 en Angola et équivalent africain de son cousin brésilien Baile funk.
Ici en France, loin du Portugal, je n'en avais jamais entendu parler. Il a fallu qu'il disparaisse pour que je le connaisse... João Aguardela est mort le 18 janvier à 39 ans.
"São loucas", une chanson de La Rue Kétanou, qui parle de... Lisbonne, et de saudade aussi, pas très original, certes, mais jolie, très jolie chanson, par un groupe français qui plus est, alors, pour le plaisir, on s'l'écoute ?
"Elle pleure son marin Son marin n'est pas le sien Elle dit que les vagues sont folles Elle dit que les vagues sont folles Quand elle chante le fado Son chant est un oiseau Un oiseau qui s'envole Un oiseau qui s'envole" ...
Ils font de chouettes chansons, ils aiment Lisbonne et en plus ils chantent contre l'immigration jetable : "Y'a des cigales dans la fourmillère, et vous ne pouvez rien y faire..."
"Mourir, cela n'est rien Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir… Oh ! vieillir" (Jacques Brel, Vieillir)
Une étude révèle que presque 2 millions de retraités portugais (3/4 du nombre total des retraités) vivent avec moins de 400€ par mois, c'est-à-dire moins que le salaire minimum national qui plafonne allègrement aujourd'hui à 426€. Certains ont peu cotisé tout au long de leur vie (agriculteurs), d'autres ont cotisé normalement mais leurs salaires étaient si peu élevés que le montant de leur pension de retraite est faible. Si on mesurait la valeur d'une société à la manière dont elle traite ses anciens...
Pour ce début d'année 2009, un fado écrit par David Mourão-Ferreira, "Solidão", et chanté par Amalia Rodrigues. Solidão, en portugais, veut dire solitude. Un Français qui lirait ce mot y verrait, lui, peut-être, quelque chose proche de solida(rité)... Spéciale dédicace aux habitants de Gaza, à la fois bien seuls et abandonnés par les décideurs de la planète mais aussi l'objet de bien des solidarités manifestées à travers le monde réel et virtuel.
Solidão de quem tremeu A tentação do céu E dos encantos, o que o céu me deu Serei bem eu Sob este véu de pranto
Sem saber se choro algum pecado A tremer, imploro o céu fechado Triste amor, o amor de alguém Quando outro amor se tem Abandonado, e não me abandonei Por mim, ninguém Já se detém na estrada
Quelle conne je suis !
Et je me mets à penser
Quel monde si con
Où, pour être esclave, il faut étudier
Je suis de la génération “pourquoi me plaindre”
Il y a bien pire que moi à la télé
Quelle conne je suis !
Je suis de la génération “moi je n’en peux plus !”
Cette situation dure depuis trop longtemps,
Et conne, je ne le suis pas !
Et je me met à penser
Quel monde si con
Où, pour être esclave, il faut étudier...